
Seuil des 30 % : quand l’État copie (mal) les précurseurs en esthétique
L’annonce est tombée comme un pavé dans la mare : le gouvernement envisage de limiter l’exercice des actes à visée esthétique à un plafond de 30 % du temps de travail pour les médecins.
Aussitôt la mesure dévoilée, le concert d’indignation n’a pas tardé. Les syndicats de dermatologues et de praticiens de l’esthétique sont montés au créneau, dénonçant une mesure jugée « démagogique », « liberticide » et déconnectée des réalités de la médecine libérale. Ils défendent leur gâteau.
Pour Estheticwatch, créé pour remettre en cause la place de l’esthétique dans le système de santé et où je publiais précisément sur ce terrain d’éthique et de régulation il y a tout juste un mois, ( la règle des 80/20) cette annonce résonne d’une façon toute particulière. Ce n’est pas une surprise, c’est une constante : l’histoire bégaie et les pouvoirs publics finissent toujours par emboîter le pas de ceux qui posent les vrais constats bien avant les autres.
Ce scénario d’une décision étatique calquée sur mes écrits a déjà un goût de déjà-vu. En 1995, j’écrivais dans mon premier livre qu’il était impératif d’imposer un contrat écrit (ARM » Vaincre la chirurgie Inesthétique ») avant chaque intervention de chirurgie esthétique pour protéger les patients des dérives mercantiles. Quelques mois plus tard, le gouvernement imposait le « devis obligatoire pour les actes esthétiques» — qui n’était alors qu’une pâle copie institutionnelle de ma proposition ! Aujourd’hui, rebelote avec ce seuil des 30 %. Mais au-delà des chiffres, ce sont les motifs et la philosophie des uns et des autres qu’il faut disséquer.
La vision d’Estheticwatch : préserver l’éthique et la compétence face au mercantilisme
Lorsque l’on pose les bases d’une régulation sur les proportions d’activité, la démarche n’a rien d’un diktat administratif improvisé. Elle repose sur un constat de terrain forgé par 45 ans de carrière :
- Préserver le cœur de métier : Un praticien ne doit pas perdre le contact avec la pathologie, la médecine et le soin véritable. L’esthétique exclusive dérive quasi systématiquement vers la marchandisation ce qui est le constat actuel.
- Protéger le patient contre la dérive commerciale : Quand un cabinet ne vit que du produit injecté ou de l’acte esthétique lourd, le patient cesse d’être un malade à soigner pour devenir un client à fidéliser.
- Garantir l’éthique de la décision : Garder une pratique équilibrée permet d’être financièrement indépendant du « désir » du patient et de savoir dire non à des demandes inutiles ou dangereuses.
La mesure gouvernementale (Les 30 %) : un colmatage administratif tardif
Face à la désertification médicale aiguë et à la fuite massive de jeunes médecins vers l’esthétique lucrative (non conventionnée et payable comptant), l’État tente aujourd’hui de reprendre le contrôle.
- Le motif réel : Il ne s’agit pas pour le ministère que d’une prise de conscience éthique sur les dérives de l’esthétique, mais d’une réponse comptable et démographique. L’État cherche désespérément à réinjecter du temps médical dans le système de santé publique.
- Les limites de leur approche : En fixant un couperet technocratique à 30 % sans s’attaquer à la marchandisation globale ni aux qualifications réelles des intervenants, l’État applique un cauter sur une jambe de bois.
La réaction des syndicats : le réflexe corporatiste et financier
Du côté des dermatologues et des médecins esthétiques, les cris révèlent la fragilité d’un modèle :
- Le motif invoqué : La « liberté d’installation » et le « libre choix de l’exercice », présentés comme des principes cardinaux de la médecine libérale.
- La réalité sous-jacente : Ce que défendent ces syndicats, c’est la rentabilité économique d’actes déconnectés des tarifs opposables de la Sécurité sociale. Parler de mesure « liberticide » quand il s’agit de limiter la spéculation sur les complexes des patients relève d’une inversion des valeurs.
L’éthique ne se décrète pas à 30 %
Si l’on ne peut que constater que l’idée d’un plafonnement, défendue ici avant tout le monde, a fini par faire son chemin jusqu’aux cabinets ministériels, la réponse purement comptable du gouvernement rate la cible.
Réguler l’esthétique ne consiste pas seulement à contrôler un emploi du temps pour remplir les déserts médicaux. Il s’agit de redonner à cette pratique son cadre moral d’origine. C’est toute la différence entre une régulation administrative tardive et une vision pionnière assumée depuis des décennies. Pourtant il y a du bon dans la poursuite pour faire appliquer cette mesure. Le DEC pour les actes esthétiques entrant prochainement en vigueur il est impératif qu’il soit couplé à la limitation des actes esthétiques à 30% voire moins. Sans cette association le DEC (diplôme d’exercice complémentaire) se transformera pour ces détenteurs en un exercice exclusif de l’esthétique. On pourra alors reprocher aux instances médicales de tout simplement favoriser l’exercice des actes esthétiques au détriment de la santé ce qui est précisément ce que révèle et combat EstheticWatch.