Esthétique: la règle des 80/20

Esthétique: la règle des 80/20

Esthétique la règle des 80/20

Préserver l’éthique

On ne sauvera pas la pratique de l’esthétique avec de grands discours moraux . L’être humain agit par intérêt, et le médecin ne fait pas exception à la règle. Le vrai sujet n’est pas d’interdire le profit, mais de comprendre à partir de quel moment la recherche exclusive du gain détruit la déontologie et transforme le praticien en marchand. Le piège fondamental est le 100 % esthétique.

La dépendance financière empêche de dire non

Lorsqu’un chirurgien consacre l’intégralité de son activité à l’esthétique pure, il s’installe dans une vulnérabilité économique majeure. Des frais de structure colossaux, des loyers ou des crédits énormes, des équipes à payer et un train de vie à maintenir l’obligent à ne faire que du chiffre. La relation médicale s’efface devant la recherche de l’argent.

Dire non à un patient qui n’a pas besoin d’être opéré ,ou dont la demande est irréaliste, devient un manque à gagner direct. La consultation cesse d’être un temps d’évaluation clinique pour devenir un acte d’enregistrement de commande que l’on nomme le taux de conversion. Concept horrible qui calcule le pourcentage de consultations qui vont déboucher sur un acte esthétique. C’est dans beaucoup d’endroits le paramètre principal d’appréciation des médecins. Plus il est haut plus ils sont bons! Pour vendre toujours plus, on crée de faux besoins chez des personnes vulnérables.

La solution : établir la règle des 80/20

Pour conserver son indépendance d’esprit, sa liberté de jugement et sa capacité à refuser un acte inutile ou dangereux, le chirurgien doit conserver un socle large d’activité médicale pure.

C’est le sens de la règle des 80/20 :

  • 80 % de soins fondamentaux : Cette activité garantit au praticien un ancrage médical solide, un exercice scientifique rigoureux et un revenu stable, indépendant des fluctuations du marché de l’esthétique.
  • 20 % d’activité esthétique : Elle redevient alors ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, un complément pratiqué avec mesure, temps et discernement chez des patients rigoureusement sélectionnés. En limitant les actes esthétiques à 20% de la masse totale des actes médicaux cette discipline redevient une discipline marginale et controlable.
  • Ce ratio n’a d’ailleurs rien d’une utopie : c’est exactement le plafond que le Code de la santé publique impose déjà aux praticiens hospitaliers pour leur activité libérale. La logique y est strictement la même : empêcher qu’une activité financièrement attractive ne prenne le dessus sur la mission première de soin et ne détourne le médecin de son devoir.

On pourrait alors argumenter que cette proposition ferait diminuer les recettes de l’état sur la TVA perçue sur les actes esthétiques mais il n’en est rien.

La réalité de la TVA sur l’esthétique

Depuis la décision du Conseil d’État et l’instruction fiscale de 2012, les actes de chirurgie et médecine esthétique sans visée thérapeutique sont soumis à la TVA à 20 % (article 261-4-1° du CGI), tandis que la chirurgie réparatrice et le soin en restent exonérés. Remplacer 80 % d’activité esthétique par du soin réparateur tarirait en effet la collecte directe de TVA sur ces actes pour les caisses de l’État.

Une paille dans le budget de Bercy

À l’échelle des recettes fiscales nationales (la TVA rapporte plus de 100 milliards d’euros par an à l’État), la TVA collectée sur l’ esthétique représente une goutte d’eau. Le ministère de l’Économie ne pilote pas sa politique de santé publique en cherchant à maximiser le rendement fiscal des plasties abdominales ou des prothèses mammaires. Ce que l’État perçoit d’un côté en TVA, il le perd largement de l’autre sous forme de coûts indirects pour la collectivité : Les reprises de ratés chirurgicaux ou les infections gravement compliquées finissent quasi systématiquement dans les services d’urgence de l’hôpital public, financés par la Sécurité sociale. La dérive commerciale pousse historiquement certains cabinets ou cliniques à requalifier abusivement des actes purement esthétiques en actes réparateurs (soins pris en charge), ce qui constitue un détournement massif de deniers publics bien supérieur au gain de la TVA.

L’assainissement de la fraude

La chirurgie et la médecine esthétique de cabinet sont en effet dans le collimateur de la DGFIP (Direction générale des Finances publiques) lors des contrôles fiscaux, en raison du volume de paiements en espèces (notamment pour les injections ou les petits actes) et des comptabilités occultes. Restreindre l’activité à 80 % de soins fondamentaux (par nature encadrés par des feuilles de soins, des remboursements bancaires ou des actes hospitaliers) réintègre mécaniquement le praticien dans un cadre comptable transparent et traçable, ce qui réduirait la fraude à la base.

Par le Docteur Pierre NAHON

Le Docteur Pierre NAHON est chirurgien depuis 45 ans. A travers des livres et sur estheticwatch il expose un regard à part sur l'esthétique.

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