
Les demandes primaires
Esthétique, quand dire non? Les motivations, la personnalité du demandeur, le contexte familial ou professionnel vont faire que le patient ne retirera pas l’entier bénéfice psychologique de son intervention. Il ne sera pas en mesure d’être totalement satisfait. Il aura le sentiment qu’elle n’a pas été utile. La chirurgie esthétique ne lui apportera pas, en fin de compte, ce qu’il était venu chercher : la solution à son problème.
Les mauvais motifs
Ces situations sont plus fréquentes dans les cas où la demande diffère sensiblement de la recherche de l’harmonie ou de la réparation d’un défaut flagrant qui génère une incontestable souffrance. Cette demande semble devoir être satisfaite uniquement parce qu’elle est formulée. On veut changer, transformer, améliorer tel ou tel caractère physique dans le but d’être plus performant, plus dans le coup, voire juste pour se faire plaisir. Patients et chirurgiens sont, bien sûr, liés dans cette décision opératoire, mais ce lien lui aussi peut être ambigu. La liberté de disposer de son corps est largement admise dans notre société. On ne saurait reprocher à un individu de vouloir se transformer. L’établissement d’un consentement éclairé renforce même cette décision. Si le praticien explique entièrement les risques liés à l’intervention de chirurgie esthétique, que le patient les comprend parfaitement et les accepte, pourquoi ne pas opérer ? Tout repose alors sur l’éthique du professionnel.
Savoir dire Non
Pourtant, c’est là qu’il faut dire non, refuser quand on sent que l’intervention sera inutile ou n’apportera pas le bénéfice souhaité. Au cours de consultations plus longues, il est alors nécessaire d’expliquer pourquoi on ne veut pas rendre ce mauvais service. On mettra en garde les adolescents, chez qui la personnalité n’est pas encore totalement constituée, pour qui le ressenti du défaut est toujours largement exagéré, et l’image corporelle souvent rejetée en bloc. On refusera de recevoir des enfants qui n’ont jamais exprimé la moindre demande de chirurgie esthétique, même si leurs parents trouvent bon de les emmener consulter malgré eux. On expliquera à une femme triste que l’intervention ne lui rendra pas l’amour de son mari, ou à un homme d’affaires qu’elle n’est pas la garantie de ses performances. On déclinera les demandes ne venant pas directement du patient mais de son conjoint, d’une amie, d’un employeur. On sera particulièrement sceptique devant les transformations ethniques, les patients déprimés, ceux présentant des addictions majeures (tabac, alcool, drogues, psychotropes…).
On réorientera les patients de chirurgie esthétique qui paraissent plus préoccupés par leur esthétique que par leurs problèmes de santé. On fera renoncer les patients dans des situations financières difficiles, ceux souhaitant se faire opérer en cachette, ceux dont l’entourage est particulièrement hostile. On se méfiera des patients dont le défaut est réel mais minime par rapport au retentissement psychologique énorme qu’il provoque.
II arrive que certains patients de chirurgie esthétique, et ce d’autant plus si le chirurgien consulté jouit d’une bonne réputation, insistent de manière excessive, afin qu’il pratique tout de même l’intervention. Ils poussent le chirurgien dans ses derniers retranchements et lui accordent des talents que lui-même ne s’attribue pas. Si ce dernier se laisse finalement tenter, en se disant très probablement que s’il ne satisfait pas cette demande insistante, un autre le fera à sa place, il se met dans une position qui se retournera certainement contre lui. Malgré une information précise sur la précarité du résultat de l’intervention de chirurgie esthétique, sur les réticences et les mises en garde, le patient, déçu, s’en prendra alors inévitablement au chirurgien. Il lui fera porter immanquablement la responsabilité de l’acte qu’il avait pourtant au départ refusé de faire. Au final, l’exigence démesurée des patients est aussi dangereuse que leur extrême souffrance, car elle les entraîne de manière aveugle vers des interventions non bénéfiques pour eux.
Les demandes secondaires
Une première intervention négative renforce la demande et le risque d’un nouvel échec
Quand les patients ont déjà eu une première expérience esthétique négative, les inégalités de rapports entre chirurgiens et patients s’aggravent.
À tort ou à raison, quand les patients pensent qu’ils sont victimes d’un échec de la chirurgie, ils sont donc doublement déçus. Le résultat obtenu lors de leur première opération n’est pas conforme à ce qu’ils attendaient. Ils cumulent alors des sentiments mélangés de culpabilité, de déception, de colère, d’obsession maladive et se retrouvent confrontés à de véritables troubles d’identité et d’appréhension de leur image corporelle. Ces patients de chirurgie esthétique sont alors renforcés dans leur nouvelle demande, et souffrent bien plus que lors de leur première expérience. Ils sont en quête de réparation, avec un sentiment d’injustice et de tristesse énormes. Plus affaiblis donc plus crédules, ces « proies » sont encore plus faciles pour les chirurgiens esthétique peu scrupuleux. Ils n’ont plus aucune objectivité, et peuvent croire que le premier discours salvateur de la part d’un praticien aboutira. Ils auront tendance alors à se jeter avec impatience dans les bras du premier venu, pour tenter d’effacer leur première expérience.
II arrive que ces situations se répètent malheureusement à plusieurs reprises. Plus les patients de chirurgie esthétique se font opérer, plus ils ont de chances de se faire mal opérer, et plus leur état psychique se dégrade. Si l’on pourrait logiquement croire que les patients déçus d’une première intervention deviennent plus méfiants, c’est malheureusement bien l’inverse qui se produit.
Savoir entendre le Non
Ce refus de répondre à la demande de chirurgie esthétique est souvent mal perçu par les patients ; ils y voient une sorte de mépris du praticien à leur égard, un refus de l’appel à l’aide ou une atteinte à leur liberté. Pensent ils, à cet instant, que leur cas est désespéré ? Que le chirurgien est peut-être mauvais, ou qu’il ne connaît pas les dernières techniques dont tout le monde parle ? Le chirurgien esthétique sait tout simplement que le résultat ne sera pas à la hauteur des espérances et renforcera un cycle infernal. Ce refus est toujours formulé dans l’intérêt du patient.