DEC et 30 % : l’association magique pour sauver l’esthétique

DEC et 30 % : l'association magique pour sauver l'esthétique

DEC et 30 % : l’association magique pour sauver l’esthétique

Depuis des années, le marché de l’esthétique s’emballe sous la pression d’intérêts financiers et de volumes d’abattage qui n’ont plus grand-chose à voir avec l’art médical. Face à cette dérive, les pouvoirs publics tentent d’échafauder des réponses réglementaires. Mais en agissant en ordre dispersé, ils risquent d’échouer à saisir la nature profonde de cette discipline.

D’un côté, la mise en place imminente du Droit d’Exercice Complémentaire (DEC) vise à garantir une formation exigeante. De l’autre, l’annonce encore flottante d‘un plafonnement de l’activité esthétique à 30 % cherche à poser une digue comptable.

Prises isolément, ces deux mesures sont aveugles. Associées, elles deviennent l’ équation capable de restaurer la primauté de la clinique sur le volume : une véritable association magique.

Le piège du DEC sans garde-fou

Valider des compétences par un cadre diplômant est une nécessité. Mais instaurer le DEC sans limiter le volume d’exercice créerait un effet pervers redoutable : offrir un brevet d’exclusivité et une caution institutionnelle à des praticiens qui s’empresseront de consacrer 100 % de leur temps à l’esthétique marchande.

Le DEC seul ne protège pas contre la financiarisation ; il risque simplement d’en professionnaliser les exécutants et de légitimer les chaînes d’abattage. La compétence technique ne garantit rien si elle est immédiatement mise au service d’un modèle de rentabilité à la chaîne.

Généalogie d’une idée : de l’alerte pionnière au projet de décret

Pour comprendre l’enjeu, il convient de rappeler la genèse de cette régulation. La limitation de l’exercice n’est pas née par enchantement dans les bureaux du ministère.

Bien avant que les parlementaires ne s’emparent du sujet — comme lorsque la proposition de loi de Yannick Neuder visait à freiner la fuite des médecins vers l’esthétique en tentant de brider le chiffre d’affaires —, nous prônions déjà sur EstheticWatch le principe d’un plafonnement strict. L’exécutif tente aujourd’hui de concrétiser cette intuition par une annonce fixant le plafond à 30 % du temps de travail.

Si nous nous félicitons de voir que nos idées ont fini par imprégner la réflexion politique, les intentions ne suffisent plus : il faut aujourd’hui imposer la cohérence.

Pourquoi le plafonnement à 30 % est indissociable de la qualification?

Brandir un couperet bureaucratique à 30 % sans imposer une qualification rigoureuse n’aurait aucun sens. On ne protège pas les patients en autorisant des praticiens non formés à pratiquer l’esthétique « seulement un tiers de leur temps ».

C’est là que réside la synergie fondamentale :

Le DEC garantit la reconnaissance de la formation par des commissions de qualification impartiales.

La limitation à 30 % préserve le recul clinique, empêche la dérive industrielle et garantit que l’acte reste une démarche d’exception, intégrée dans une pratique médicale globale et équilibrée.

L’une ne peut pas fonctionner sans l’autre. Le DEC fonde la légitimité du geste , les 30 % en préservent l’éthique.

Exiger l’application immédiate : la France comme modèle mondial

L’annonce du plafonnement à 30 % ne doit pas rester un projet remisé au fond des cartons ministériels. Il faut désormais pousser fermement pour son application immédiate et conjointe avec le DEC.

En affirmant haut et fort que l’esthétique ne constitue pas une activité de soin essentielle tout en vérifiant réellement la formation des praticiens, la France a l’opportunité d’officialiser la première, une démarche intellectuelle unique et innovante.

Ce tandem régulateur ne serait pas une contrainte subie, mais une avancée pionnière capable d’inspirer le reste du monde : prouver qu’il est possible de stopper la marchandisation du corps humain et la tyrannie de l’apparence.

Par le Docteur Pierre NAHON

Le Docteur Pierre NAHON est chirurgien depuis 45 ans. A travers des livres et sur estheticwatch il expose un regard à part sur l'esthétique.

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