
Les erreurs de réglementation
Alors que les véritables disciplines médicales et chirurgicales s’appuient sur un cursus sélectif et réglementé ( Diplôme d’Études Spécialisées) , la médecine esthétique s’est développée dans un vide institutionnel complet. La difficulté des pouvoirs publics et du Conseil de l’Ordre à fixer un cadre strict depuis l’origine a laissé la porte ouverte à toutes les dérivent marchandes.
L’inertie des instances et le vide statutaire
En refusant ne créant pas une spécialité médicale ou un DES de médecine esthétique, au motif légitime qu’il s’agit d’actes de confort sans visée thérapeutique et qu’il n’est pas souhaitable qu’elle s’exerce de manière exclusive, les autorités ont créé, probablement sans le vouloir, un appel d’air redoutable. Sans titre officiel reconnu, tout docteur en médecine, quelle que soit sa discipline d’origine, peut légalement effectuer des actes d’injection ou manier des machines. Cette absence de verrou qualitatif a permis la reconversion massive de praticiens en quête de rentabilité.
Des responsables impliqués dans le système
Cette impunité n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence d’une cécité institutionnelle entretenue. L’actualité vient d’en apporter une preuve affligeante : alors même que le Conseil national de l’Ordre des médecins prétend lutter contre les dérives thérapeutiques, une enquête a révélé que la présidente de la section Santé publique de l’Ordre, censée traquer les pseudo thérapies, dirige en parallèle sa propre structure privée, proposant des médecines douces et non éprouvées à des patientes vulnérables. Quand les cadres de l’instance ordinale sont eux-mêmes juges et parties dans le commerce des soins alternatifs, comment s’étonner de l’absence totale de régulation du marché de l’esthétique ?
L’industrie des diplômes d’opportunité
Pour masquer ce vide et offrir un semblant de caution scientifique, un marché du diplôme d’affichage s’est rapidement structuré. Les facultés ont multiplié les Diplômes Universitaires (DU) et Interuniversitaires (DIU) payants. Délivrés après quelques sessions théoriques sans véritable compagnonnage, ces diplômes n’ont aucune valeur de qualification de spécialité. Ils servent uniquement d’enseigne sur les plaques professionnelles pour rassurer les patients crédules.
Les « sociétés savantes » de complaisance
Pour parfaire l’illusion, des acteurs du secteur ont fondé leurs propres « sociétés savantes » privées. Derrière des intitulés académiques ronflants se cachent des structures d’auto-validation et de lobbying commercial. Ces entités organisent des congrès financés par les fabricants de produits et de machines, où les temps de parole s’achètent et où l’évaluation clinique est remplacée par la promotion de protocoles payants. Elles fabriquent une reconnaissance mutuelle artificielle entre praticiens en quête de légitimité.
La médecine esthétique est-elle une spécialité médicale officielle ?
Non. Il n’existe aucun Diplôme d’Études Spécialisées (DES) de médecine esthétique reconnu par le Conseil de l’Ordre. Tout médecin peut pratiquer ces actes sans être chirurgien ni dermatologue.
Que valent les DU et DIU affichés en salle d’attente ?
Ce sont des formations complémentaires théoriques qui ne confèrent aucun titre de spécialiste. Elles ne garantissent en rien une maîtrise de l’anatomie chirurgicale ni la gestion des complications graves.