Ordre des médecins et financiarisation

Ordre des médecins et financiarisation

Ordre des médecins et financiarisation

Il y a quelques semaines, nous posions les bases d’un constat implacable dans notre article consacré à « Esthétique : les origines de la financiarisation »: en ouvrant grand ses portes aux logiques de capitaux et aux structures de type commercial, la médecine s’est peu à peu muée en un marché de prestations.

Ce qui relevait encore, il y a peu, d’une critique indépendante partagée par les observateurs lucides de la profession vient de trouver une résonance institutionnelle majeure. Le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) a officiellement salué la présentation d’un plan gouvernemental visant à contrer les effets délétères de la financiarisation, actant par la même occasion une réalité devenue impossible à ignorer.

Du constat à la prise de conscience ordinale

L’époque où l’on pouvait débattre de l’opportunité ou non de l’arrivée des fonds d’investissement dans la santé est révolue. Comme le souligne l’Ordre, la financiarisation est devenue une réalité durable qui s’infiltre dans l’ensemble des secteurs de l’offre de soins.

Face à la complexité croissante des montages juridiques (SAS, SELAS, holdings adossées à des fonds de capital-privé), le CNOM a dû créer une mission dédiée pour tenter de décrypter les structures de santé. La modification de l’article 91 du code de déontologie — obligeant les sociétés d’exercice à se conformer à des clauses types de transparence — témoigne d’un sursaut réglementaire indispensable.

L’angle mort de l’esthétique

Pour autant, si l’institution ordonnée se mobilise à l’échelle globale de la santé, le secteur de l’ esthétique demeure le laboratoire le plus avancé de cette dérive marchande.

Tant que les plateaux techniques et les cliniques spécialisées continueront d’être dictés par des exigences de rentabilité financière et de retour sur investissement (ROE) à court terme, les textes réglementaires et les déclarations d’intention risquent de se heurter à la dure loi du chiffre.

Poursuivre le combat de la transparence

La convergence entre les alertes de terrain que nous documentons sur EstheticWatch et la prise de conscience des instances ordinales prouve que le combat est légitime. Mais la vigilance doit rester absolue.

Protéger l’indépendance des praticiens et la sécurité des patients exige de refuser que le cabinet médical ou le bloc opératoire ne deviennent de simples lignes de bilan comptable. Le véritable rempart ne viendra pas des investisseurs : il résidera dans la résistance intransigeante des médecins attachés à l’éthique et du courage des instances à limiter l’exercice des actes esthétiques dans la réalité.

Par le Docteur Pierre NAHON

Le Docteur Pierre NAHON est chirurgien depuis 45 ans. A travers des livres et sur estheticwatch il expose un regard à part sur l'esthétique.

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