
Ozempic Face: un concept honteux
La mode des analogues des GLP-1 (sémaglutide, tirzépatide et consorts) ne se contente pas de redessiner les silhouettes elle redessine aussi, l’économie de la médecine. Le concept d’« Ozempic Face », caractérisé par un visage creusé, et vieilli par une perte de poids trop rapide est apparu, immédiatement récupéré par les praticiens esthétiques.
Manne inespérée pour les laboratoires qui vendent les fillers, qui se pressent pour « enseigner aux praticiens comment traiter » ces visages fatigués. Remplir, lifter, regonfler à grands renforts d’acide hyaluronique, d’inducteurs tissulaires et autres techniques de comblement ces structures faciales vidées de leur graisse.
Cette fuite en avant commerciale cache une réalité implacable que les promoteurs de ces ateliers omettent de prendre en compte : le taux de reprise de poids à l’arrêt du traitement.
Transformer les effets secondaires en opportunité
L’équation est cynique mais bien réelle, calquée sur les paradoxes déjà évoqués de la médecine esthétique. D’un côté, un médicament lourd d’effets secondaires, prescrit à grande échelle sans véritable contrôle, une manne financière! De l’autre, l’industrie esthétique brandit la solution clé en main afin de créer un nouveau marché truqué.
Qu’advient-il de ces visages « regonflés » ?
Il suffit de se pencher sur les données cliniques concernant l’arrêt des analogues des GLP-1. Les études de suivi à un an (notamment les extensions des essais STEP ou les méta-analyses récentes publiées dans le BMJ) montrent qu’à l’interruption du traitement, les patients reprennent en moyenne 60 % à 100 % du poids perdu. Le rebond pondéral est massif, rapide et quasi inévitable dés l’arrêt du traitement. Le patient reprend ses kilos perdus. Les graisses reviennent s’accumuler, dans un visage qui a été artificiellement rempli de manière anarchique et asymétrique,
Les visages sont alors bien plus bouffis et disgracieux aux proportions complètement détruites. Les produits de comblement injectés massivement se superposent créant des déformations multiples poussées par la reprise de poids. Il n’y a plus qu’à redémarrer le traitement.
Plus de sens ni de mesure
La réponse immédiate des médecins pour le « traitement » de l’Ozempic Face, bien vue par les laboratoires, illustre une nouvelle dérive de taille. Au lieu de marteler sur les risques et effets secondaires nombreux de ces molécules et d’en limiter strictement les indications, beaucoup font le choix de surfer sur l’opportunité. Tout cela rappelle le scandale des opioïdes. Comme ceux qui souffrent de douleurs, les gens en surpoids peuvent rapporter très gros! Il convient aussi de rappeler aux patients, que d’autres alternatives existent pour lutter contre le surpoids et qu’ils ne sont pas obligés de foncer têtes baissées dans tous les pièges.