DEC, 30 % et décret publicité : l’esthétique dans le collimateur de l’État

DEC, 30 % et décret publicité : l'esthétique dans le collimateur de l'État

DEC, 30 % et décret publicité : l’esthétique dans le collimateur de l’État

Pendant trop longtemps, le secteur de l’esthétique a fonctionné comme une zone de non-droit médical, un « Far West » où les logiques marchandes l’emportaient impunément sur la déontologie. Cette époque touche à sa fin. En analysant conjointement les dernières manœuvres réglementaires, une réalité s’impose : le gouvernement, soutenu par les instances ordinales, a placé l’esthétique commerciale dans sa ligne de mire.

Il ne s’agit plus de mesures isolées, mais d’une offensive coordonnée en trois points, une véritable frappe chirurgicale visant à démanteler le modèle de l’abattage et de la financiarisation.

La frappe à trois niveaux : Compétence, Volume, Visibilité

Le triptyque réglementaire qui se dessine agit comme un étau sur les pratiques dérives :

Le verrou de la compétence (Le DEC) : En imposant le Droit d’Exercice Complémentaire, l’État siffle la fin de l’improvisation. Exiger un socle de formation exigeant et validé est la première étape pour disqualifier les praticiens opportunistes qui se sont engouffrés dans l’esthétique par simple appât du gain, sans la rigueur clinique nécessaire.

Le verrou du volume (La limitation à 30 %) : C’est le cœur du réacteur économique qui est visé. Interdire de consacrer plus de 30 % de son temps à l’esthétique brise net le modèle des cliniques « usines » et des SAS détenues par des fonds d’investissement. Cette mesure impose mécaniquement le recul et le retour à un exercice médical équilibré.

Le verrou de la réclame (Le décret publicité) : Le renforcement de l’encadrement de la communication médicale, notamment sur les réseaux sociaux, cible le moteur de la dérive marchandisation. En interdisant le racolage numérique et la mise en scène racoleuse, l’État coupe le canal d’acquisition client indispensable à l’abattage.

L’association magique : pourquoi l’une ne va pas sans l’autre

Il n’en reste pas moins que l’association intelligente de ces deux mesures régulerait de fait, et avec une efficacité redoutable, l’exercice des disciplines esthétiques. L’une ne peut aller sans l’autre.

Alors que le DEC sera applicable très prochainement, l’annonce de la limitation à 30 % des pratiques esthétiques, qui n’est pour l’instant qu’à l’état de projet, devient obligatoire afin de ne pas aggraver la situation. Instaurer la qualification sans le plafonnement de volume créerait un effet pervers redoutable : donner un brevet d’exclusivité institutionnel à des nouveaux praticiens qui consacreraient 100 % de leur temps à la rentabilité marchande.

Une offensive que nous avions anticipée

Pour les lecteurs fidèles d‘EstheticWatch, cette reprise en main n’est pas une surprise. Elle est la confirmation brutale des alertes que nous lançons depuis des années.

Ce collimateur ne vise pas l’esthétique exercée avec mesure et éthique. Il vise l’écosystème prédateur qui a tenté de s’en approprier les codes pour en faire une industrie du rendement financier. Nous avons toujours défendu que la régulation était le seul rempart pour préserver la dignité de notre art.

Face au déni syndical : le courage politique exigé

Sans surprise, les syndicats de la profession s’élèvent déjà contre la limitation à 30 %, hurlant à l’atteinte à la liberté d’exercice et à la dérive bureaucratique. Mais ne nous y trompons pas : en défendant le statu quo sous couvert de libéralisme, ces instances corporatistes ne protègent plus la médecine de terrain ; elles se font les complices involontaires d’un système d’abattage et de la financiarisation de notre art. Après 45 ans de pratique et un combat pour la rigueur de cette discipline, je l’affirme sans détour : l’État ne doit pas céder à ces pressions d’arrière-garde. L’imposition du plafonnement à 30 % aux côtés du DEC n’est pas une punition contre les praticiens, mais le seul bouclier capable d’isoler la haute qualification de la dérive mercantile. C’est en ignorant cette opposition syndicale que les pouvoirs publics trouveront le courage d’appliquer enfin ces mesures salutaires.

S’adapter ou disparaître

Les praticiens qui ont toujours privilégié la qualification, le recul et la discrétion n’ont rien à craindre de ce triptyque. Il viendra même légitimer leur rigueur.

En revanche, pour les adeptes du volume, de l’hyper-marketing et de l’esthétique exclusive sans garde-fou, le réveil sera difficile. La France est en train de tracer une ligne rouge infranchissable : l’esthétique restera une pratique médicale d’exception, ou elle ne sera plus.

Par le Docteur Pierre NAHON

Le Docteur Pierre NAHON est chirurgien depuis 45 ans. A travers des livres et sur estheticwatch il expose un regard à part sur l'esthétique.

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