
Ecrire: Défi ou piège?
Un médecin en exercice a peu de liberté de parole : il est tenu de ne pas nuire à l’ensemble de la profession, ce qui limite considérablement ses actions. Dire « il est bien plus facile d’exercer sans responsabilité, que d’être contraint à une obligation de résultat, avec le risque d’un procès en cas de mensonges, tromperies ou incompétence. » ou « quand on considère qu’il n’y a pas d’obligation de résultat en esthétique on ne fait pas ce métier » ne plaisait pas. L’ensemble de mes confrères ont déposé des plaintes contre moi, assorties du risque d’une interdiction d’exercice ce qui n’est pas anodin. Les règles ont changées de ce côté-là, et c’est documenté sur ce site. Cela ne veut pas dire pour autant qu’elles soient appliquées, que les contrevenants soient sanctionnés ou qu’il ne faille pas les faire évoluer.
Aujourd’hui j’ai la même liberté d’expression que n’importe quel citoyen et mes chroniques pourraient juste éclairer les jeunes qui choisissent de se consacrer à la médecine, de ne pas le faire pour exercer l’esthétique de manière exclusive.
Une question : le 80/20
Est-ce que les pouvoirs publics ne devraient pas limiter l’exercice des actes esthétiques à un pourcentage de l’activité globale d’un praticien : 80 % d’actes médicaux ou chirurgicaux relevant de soins nécessaires, et 20 % d’actes esthétiques. C’est la règle des 80/20. Ce ratio n’a d’ailleurs rien d’une utopie : c’est le plafond que le Code de la santé publique impose aux praticiens hospitaliers pour leur activité libérale. La logique y est strictement la même : empêcher qu’une activité financièrement attractive ne prenne le dessus sur la mission première de soin et ne détourne le médecin de son devoir.
L’activité esthétique exclusive est mauvaise pour les médecins, qui y perdent leur âme de soignants au profit de la quête d’argent. L’esthétique permet à n’importe quel praticien de gagner très correctement sa vie tout en respectant les règles basiques de la morale et du « primum non nocere ». C’est dès que la mécanique humaine s’emballe, lorsque la volonté d’accumuler s’installe, que tout déraille.
Le Chevalier blanc de l’esthétique
Lors de mes premières déclarations sur l’esthétique, beaucoup me surnommaient « le Chevalier blanc de la chirurgie esthétique » — ce que je n’étais pas et que je ne suis toujours pas. Je pense que toutes nos actions, même celles qui semblent les plus altruistes, sont fondamentalement motivées par l’intérêt personnel, lequel n’a de limites que celles que l’on s’impose. L’individu est toujours le point de départ et le point d’arrivée de ses propres choix. J’ai toujours pensé, par exemple, que l’engagement humanitaire en était l’illustration type : personne n’en fait uniquement pour les autres. Cette démarche permet automatiquement d’être assimilé à un homme d’argent, apporte une satisfaction personnelle (on se sent bien parce qu’on fait le bien), évite la culpabilité et accroît l’estime de soi quand l’image publique devient un exhibitionnisme social qui devient le bénéfice principal (l’Abbé Pierre).
Le fait de penser viscéralement que toute action est égoïste enlève de la valeur morale à ma propre démarche et éclaire le lecteur sur mes intentions. La morale ne s’affiche pas. Dès lors qu’une action est partagée publiquement (ce qui est devenu malheureusement la norme sociale actuelle), elle quitte le champ de la morale intime pour basculer dans la recherche de statut, de validation ou de narcissisme. Publier est donc un piège que je me tends à moi même et que je m’emploie à éviter de mon mieux.