
Plateformes de rendez-vous : l’Airbnb de la santé
La règle est de saluer la fluidité numérique apportée par les plateformes de prise de rendez-vous en ligne. Pourtant, en s’imposant (surtout depuis le Covid et avec l’aide de Macron) comme l’intermédiaire incontournable entre le médecin et le patient, ces dernières sont devenues très exactement l’Airbnb de la médecine.
La comparaison ne relève pas de la métaphore, mais de l’analogie structurelle et économique.
Du colloque singulier au stock d’actes
Tout comme Airbnb a converti le tourisme en un stock d’unités d’hébergement marchandes gérées par calendrier, les plateformes découpent le temps médical en tranches d’actes standardisés. Depuis leurs débuts, ces plateformes ont développé des politiques commerciales tellement agressives envers les médecins que peu d’entre eux y ont résisté.
Le patient ne s’inscrit plus dans la durée d’une vraie relation médecin/patient ni dans le choix réel d’un praticien : il « réserve un créneau ». L’agenda du médecin n’est plus son outil personnel d’organisation, mais le moteur de rendement de la plateforme. C’est elle qui lui remplit son agenda à la volée.
Le flux contre la qualité
Cette ubérisation de l’accès aux soins supprime tous les parcours humains traditionnels : le secrétariat, la recommandation confraternelle, l’ancrage territorial ou la sélection par la réputation. En ouvrant les vannes de la réservation en deux clics, la plateforme génère un tourisme médical de masse, comme en témoigne le nombre croissant de « lapins ».
- La consommation d’actes à l’impulsion : le patient vient consommer pour un motif immédiat (un créneau, une ordonnance, un acte rapide) dans une logique de zappeur.
- La dégradation du profil du patient : comme le tourisme de plateforme dévalorise toutes les destinations en attirant une foule anonyme, inculte, vulgaire, irrespectueuse et volage, le flux généré par l’intermédiation numérique draine une patientèle volatile, consommatrice d’actes jetables, sans culture du suivi ni respect de la démarche médicale.
La fausse garantie des pratiques
En juxtaposant sur une même interface la médecine générale conventionnée, les spécialités à dépassement, la médecine esthétique et les chaînes de soins à fort volume, la plateforme lisse tout et tous sous le même emballage rassurant. Elle affiche une fausse stature d’institution publique, y compris pour des modèles purement commerciaux comme elle.
En privilégiant la quantité sur la qualité et la fluidité du trafic sur la fidélisation, la plateforme transforme le médecin en un simple prestataire interchangeable et participe à la dévalorisation de la personne du soignant ,alors même que c’est précisément ce dont se plaignent ces derniers lors de leurs revendications.